Gaspard Monge

Beaune (Côte-d’Or), 10 mai 1746 – Paris, 28 juillet 1818

Gaspard Monge est le fils d’un marchand drapier propriétaire d’une boutique au coeur de la ville de Beaune. Il reçoit une très solide formation chez les oratoriens de Lyon puis, à l’âge de dix-huit ans, il entre à l’École du génie de Mézières, dans les Ardennes, alors une des premières d’Europe, où l’on forme les ingénieurs militaires. Toutefois, il ne peut prétendre devenir officier car il n’est pas noble. Mais, bientôt, le jeune homme réalise seul des plans de fortifications, complète les travaux de Vauban, résout des problèmes de projections par des démonstrations théoriques remarquables et met au point la géométrie descriptive. En 1769, à vingt-trois ans, il devient professeur de mathématiques et, l’année suivante, professeur de physique. Il commence alors une vaste publication scientifique et acquiert une renommée qui lui vaut d’entrer à l’Académie des sciences en 1780. Il correspond avec les plus grands savants de l’époque : Lavoisier, Condorcet, d’Alembert, Lagrange, Laplace et Berthollet, son grand ami. En 1783, le maréchal de Castries, ministre de la Marine, obtient du roi qu’il soit nommé examinateur des élèves de la Marine. Il abandonne alors Mézières et entreprend la tournée des ports de France.

Lors de la Révolution, Monge va se trouver brusquement entraîné par les événements et révéler des qualités remarquables d’administrateur même si ses préoccupations scientifiques seront toujours sous-jacentes à son activité. C’est ainsi qu’il devient ministre de la Marine au moment où la monarchie s’effondre, le 10 août 1792. On a souvent été sévère envers son administration, mais il a pourtant fait preuve d’une activité inouïe, contribuant à la rénovation de la flotte française qui se trouvait alors dans une situation catastrophique. Au sortir du ministère, en 1793, il s’illustre au sein de la Section des armes et poudres mise en place par le Comité de salut public et qui a pour but de réarmer le pays. En 1794, alors que tout enseignement public des sciences a presque disparu en France, il contribue très largement à la création de l’École polytechnique.

Son dévouement à la nation va l’entraîner à l’étranger puisque en 1796 et 1797 il dirige, en Italie, la Commission des sciences et des arts chargée de choisir les œuvres d’art confisquées par les armées françaises. C’est à Milan qu’il rencontre le général Bonaparte. Les deux hommes se découvrent, s’admirent et préparent ensemble des projets grandioses, dont la future expédition d’Égypte. L’expédition d’Égypte a été un des grands moments de la Révolution. On y a vu, certes, l’amorce des grandes conquêtes napoléoniennes, mais on pourrait tout aussi bien y voir une tentative de transplanter hors d’Europe l’esprit des Lumières, le rationalisme et le progrès des sciences pour améliorer le sort des hommes. Gaspard Monge devient le premier président de l’Institut d’Égypte où figurent nombre de célébrités scientifiques comme Berthollet, Dolomieu, Conté, Geoffroy Saint-Hilaire, Costaz ou Desgenettes.

Quand Bonaparte quitte l’Égypte pour revenir en France, Monge est à ses côtés et, au lendemain du coup d’État de Brumaire et de la création du Consulat, il est fait sénateur à vie. Pour lui, le Premier consul demeure avant tout le grand génie sorti de la Révolution pour porter la France à une gloire jusqu’alors inconnue et étendre à toute l’Europe et au-delà les principes de 1789. Las Cases fait dire à Napoléon, dans le Mémorial de Sainte-Hélène : « Monge avait une espèce de culte pour moi, c’était de l’adoration : il m’aimait comme on aime sa maîtresse ». Grand officier de la Légion d’honneur en 1804, il devient un personnage considérable sous l’Empire puisqu’il préside le Sénat en 1806 et reçoit en 1808 la dignité de comte de l’Empire (comte de Péluse, qui rappelle l’Égypte). Il fréquente assidûment Trianon, Saint-Cloud et toutes les résidences impériales.

Lorsque l’Empire s’effondre, en 1814, Monge ne signe pas la déchéance de l’empereur et, l’année suivante, au retour de Napoléon de l’île d’Elbe, il est au premier rang pour l’accueillir aux Tuileries. Mais après Waterloo et le retour des Bourbons, la répression s’abat et le vieux savant est frappé d’ostracisme et chassé de l’Institut. On ne l’exile pas car on le sait très malade. Il vit prostré, cloué sur son fauteuil, perdant peu à peu la raison. C’est en 1818 que s’éteint cet acteur décisif de notre passé national et sa dépouille repose aujourd’hui au Panthéon.

François Pairault

maître de conférences honoraire à l’université de Limoges