Cham

Paris, 26 janvier 1818 – Paris, 6 septembre 1879

Plus connu sous le pseudonyme de Cham, référence aux initiales de son prénom, mais aussi au fait qu’il est le « fils de Noé », Charles Amédée de Noé est considéré comme le premier créateur français de bande dessinée.

Il naît à Paris, huitième enfant du comte de Noé. Il passe ses premières années dans le château familial du Gers et commence à caricaturer frénétiquement visiteurs et domestiques. Cham échoue au concours d’entrée à Polytechnique en tombant sur un examinateur qu’il aurait croqué... Il installe un atelier chez lui, anime des projections de lanterne magique.

Cham est prolifique : un portrait, debout en robe de chambre, le présente derrière son pupitre incliné ; levé tôt, sa journée commence par la lecture du Siècle , à l’instar des dessinateurs de presse actuels : « Tout ce que Le Siècle prend au sérieux, je le prends de l’autre côté », disait-il. C’est au Charivari qu’il publie le plus, depuis le 20 décembre 1843 jusqu’à sa mort en 1879. 1843 est décidément une année importante : Cham connaît le succès avec Mœurs algériennes , où il tourne en dérision l’expédition contre Abd el-Kader. Et c’est l’année de son voyage en Angleterre où sa promptitude est remarquée. Il publie ensuite de nombreux albums à vignettes dont Études socialistes, P.-J. Proudhon en voyage, La Banque-Proudhon et surtout la fameuse Assemblée nationale comique.

Cham est l’un des premiers utilisateurs du gag, et en particulier du running gag, situation qui revient sans cesse dans d’infinies variations. Essentiellement, son œuvre se répartit en bandes dessinées avant la lettre et en images légendées. Toute sa production est prépubliée dans Le Charivari avant d’être réunie en albums. C’est avec Cham que s’invente le principe de la prépublication dans la presse avant l’album, qui fera les riches heures de la bande dessinée. Cham dessine jusqu’à seize pages par mois dans Le Charivari, soit environ deux mille Revues comiques d’une planche durant sa carrière. Le nombre des dessins parus dépasse les quarante mille. Contrairement à Gavarni qui appose le texte de sa légende à des types préalablement dessinés, Cham écrit d’abord la légende, puis se met au dessin.

De Rodolphe Töpffer, inventeur genevois de la bande dessinée, ou de Cham, qui a influencé l’autre ? Le premier album de Töpffer daté de 1827 n’a été publié qu’en 1837. L’examen de ses albums amène à conclure que Töpffer a l’antériorité, car ses mises en pages sont plus sophistiquées : il a mis au point très tôt le système de planche à deux registres superposés, même si celui-ci reste à l’état de brouillon. Mais surtout Töpffer joue de façon plus juste du déplacement des personnages dans le sens de lecture.

Cham aurait publié plus de vingt albums cartonnés de bandes dessinées avant la lettre entre 1839 et sa mort en 1879. Certains titres donnent lieu à une version en couleurs, aquarellée à la main et gommée.

Gérald Gorridge

auteur de bandes dessinées et professeur