Création de la Caisse d’épargne et de prévoyance

22 mai 1818

La France, après le temps des tumultes de l’Histoire, Révolution et Empire, parvient au temps de la sagesse, celle de la prévoyance et de l’épargne. C’était il y a deux cents ans exactement, le 22 mai 1818, la création de la Caisse d’épargne à Paris, dont l’hôtel Thoynard est l’un des berceaux, ce haut lieu de la philanthropie dans la capitale française entre les jardins du Palais-Royal et la place des Victoires.

Deux grands caractères animés par l’esprit de la générosité et de la compassion, deux hommes exceptionnels conduisent cette aventure humaniste et fraternelle : Benjamin Delessert et son aîné le duc de La Rochefoucauld-Liancourt. Leur projet est aussi simple qu’efficace : offrir à la classe travaillante de placer ses épargnes, un bienfait qui, ayant pour base le travail, en double les avantages tant pour les individus que pour la société tout entière à une époque où n’existe encore aucun système de protection sociale, ni établissement de dépôt ouvert à tous. À quarante-cinq ans, Benjamin Delessert est un homme de grande expérience. Son père était un ami de Benjamin Franklin, son voisin à Passy, sa mère correspondait avec Jean-Jacques Rousseau. Dès l’âge de onze ans, le jeune Benjamin Delessert a été envoyé en Grande-Bretagne, il y a suivi les cours d’Adam Smith à Édimbourg. Ce n’est pas un homme indifférent aux misères de son temps. Rentré en France, il crée à ses frais en 1800 un fourneau qui distribue chaque jour trois cents soupes aux indigents. Napoléon Bonaparte, prévenu par Chaptal, veut le rencontrer. Dès qu’il le voit, l’Empereur détache la croix de la Légion d’honneur qu’il portait sur son propre uniforme et l’agrafe sur la poitrine de Benjamin Delessert.

Quant à François Alexandre Frédéric, duc de La Rochefoucauld-Liancourt, il est déjà entré dans l’Histoire. Chargé d’informer Louis XVI des premiers troubles de Paris, il a avec lui cet échange à Versailles : « Mais c’est donc une révolte », lui dit le roi le 14 juillet 1789. « Non, Sire, c’est une révolution ! », lui réplique ce député de la Constituante qui s’était fait remarquer par toute une série d’interventions inspirées par la philanthropie : destruction de la mendicité, amélioration des hôpitaux et des prisons, développement des sociétés de bienfaisance. Le 29 juillet 1818, une ordonnance de Louis XVIII autorise la société anonyme de la Caisse d’épargne et de prévoyance et souligne que les fondateurs ont écarté toute idée de profit personnel.

Fortes de la dynamique engagée par la première Caisse d’épargne de France, aujourd’hui les Caisses d’épargne continuent d’accompagner leurs millions de clients dans leurs projets d’avenir. Toutes ensemble elles ont réussi le bond du bicentenaire !

Gonzague Saint Bris †

écrivain, historien, journaliste