Théodore Botrel

Dinan (Côtes-d’Armor), 14 septembre 1868 – Pont-Aven (Finistère), 27 juillet 1925

Que de visions réductrices sur cet artiste né et élevé en terre gallo ! Né à Dinan d’un père breton et d’une mère alsacienne, Théodore est élevé par sa grand-mère à Saint-Méen-le-Grand jusqu’à sept ans.Puis c’est Paris où ses parents se ruinent à tenir un négoce. Successivement apprenti serrurier et garçon de courses chez un éditeur de musique, Théodore devient secrétaire chez un avoué, tout en menant des activités théâtrales. Un soir, au Chien Noir, il remplace un chansonnier défaillant avec « La Ronde des châtaignes ». Le « Breton au gilet brodé » est lancé.

À vingt-sept ans, Théodore rencontre un succès immédiat avec « La Paimpolaise », composée en une nuit d’après une sonnerie de chasse entendue enfant et mise en musique par Émile Feautrier. Le triomphe de Pierre Loti avec Pêcheur d’Islande concourt à cet intérêt pour la « haute pêche sur les bancs ».

En 1903, afin de récolter des fonds destinés à la statue de Jacques Cartier à Saint-Malo, Théodore Botrel part au Canada. Le surnom indien de « Rohatiio », c’est-à-dire « celui qui a la voix forte », le consacre. Sollicité de toutes parts, il célèbre Du Guesclin à Dinan en présence du général André, ministre de la Guerre.

Bien que réformé pour pleurésie à dix-huit ans, Théodore se porte volontaire en 1914 ; il est promu chansonnier aux armées. Présent sur tous les théâtres d’opérations, ses prestations réconfortent les soldats. La fameuse chanson « Rosalie » aidera des fantassins bretons à améliorer leur français. Il est au front quand il apprend la mort de sa femme Léna le 11 juillet 1916. Gazé, blessé, il reçoit la croix de guerre avec deux citations. Le 27 juillet 1925, une pneumonie l’emporte ; il meurt en sa villa de Ker Botrel à Pont-Aven. Tristesse nationale.

Aucune amertume, aucune récrimination face aux difficultés de la vie ne transparaît dans les oeuvres de Théodore Botrel dont la liste est prodigieuse : chansons, poésies, théâtre, récits, légendes, cantates et scènes lyriques. Fidélité aux épisodes de sa vie, simplicité de coeur, absence de toute vanité contribuent à la sincérité de son expression et à sa faculté d’indulgence. À ses approches bucolique et intimiste des personnages et paysages bretons succèdent des invocations patriotiques auxquelles se mêlent parfois de surprenantes visions. Le recueil de poèmes Les Alouettes, couronné par l’Académie française en 1913, salue ainsi le rôle stratégique de l’aéronautique et ses vaillants aviateurs Védrines, Beaumont et Blériot.

Au-delà de l’image du barde breton telle que l’ont figée les clichés et ses compagnons montmartrois, et au-delà de sa vision poétique et tendre de la Bretagne, il prône tolérance, bonté, fidélité, courage et joie dans un éclectique optimisme de chantre universel.

Marie-Joséphine Strich

docteur ès lettres