Maurice Druon

Paris, 23 avril 1918 – Paris, 14 avril 2009

A cette personnalité solaire et impétueuse, tout a semblé sourire durant une vie pleine d’éclat et de gloire. Son parcours est rappelé dans l’épitaphe qu’il a voulue sur sa tombe, au coeur de sa propriété de Faise, une abbaye cistercienne en terre bordelaise : « Combattant, écrivain, ministre, XXXe secrétaire perpétuel de l’Académie française, grand-croix de la Légion d’honneur, Knight of the British Empire. » Sa vivacité intellectuelle, son éloquence, son génie de la formule, il les enrôla en des combats pleins de panache au service de la nation et pour la langue française. Ses écrits sur l’actualité, la peinture des moeurs contemporaines et la critique de la comédie humaine permettaient d’envisager le monde sous une lumière plus exigeante, non dénuée d’une ironie salubre.

Maurice Druon naît « au son du canon » dans le XIIIe arrondissement de Paris, le 23 avril de l’année de la victoire. Ses origines familiales se partagent entre le Languedoc, les Flandres, le Brésil et la Russie, et baignent dans la littérature et la rhétorique. À la fin de ses études secondaires au lycée Michelet, après avoir décroché un second prix au Concours général, il s’inscrit à l’École libre des sciences politiques. Son oncle prestigieux, Joseph Kessel (Druon est le patronyme de son père adoptif), l’introduit dans son cercle d’amis où se côtoient des as de l’Aéropostale, des journalistes et des écrivains, habitués des cabarets russes de Montmartre ou des salons parisiens. Dévoré par la passion d’écrire, il publie dans les revues littéraires. À sa sortie de l’École de cavalerie de Saumur, il participe à la campagne de France. Après sa démobilisation, il demeure en zone libre et y fait représenter sa première pièce Mégarée. Engagé dans la Résistance, il traverse clandestinement l’Espagne et le Portugal pour rejoindre l’Angleterre et le général de Gaulle. Attaché au programme Honneur et Patrie sur les ondes de Radio Londres, il compose avec Joseph Kessel les paroles du Chant des partisans (1943), qui devient l’hymne de la Résistance. Coincé en Algérie jusqu’à la fin des hostilités, il est d’abord chargé de mission pour le Commissariat à l’intérieur et à l’information, puis correspondant de guerre auprès des armées française et alliées.

À la Libération, l’homme de lettres acquiert la célébrité avec le roman Les Grandes Familles (prix Goncourt 1948) et surtout les sept tomes de la saga des Rois maudits, que la télévision fera connaître à un très large public. Aujourd’hui encore, l’histoire des derniers rois capétiens directs et des premiers Valois compte parmi les romans français les plus lus dans le monde. Avec son imagination hantée par les figures de l’Antiquité héroïque et mythologique, il publie Alexandre le Grand suivi des Mémoires de Zeus. Merveilleux conteur, il signe un livre pour enfants avec Tistou les pouces verts. Tout réussit à Maurice Druon qui obtient le prix Prince Pierre de Monaco (1966) pour l’ensemble de son oeuvre, auquel s’ajoutent en 1998 le prix Saint-Simon et en 2000 le prix Agrippa d’Aubigné.

À quarante-huit ans le voilà élu au 30e fauteuil de l’Académie française dont il devient le benjamin, et c’est là qu’il va s’investir prioritairement dans sa tâche d’ambassadeur de la langue française. Membre de la commission de réforme de l’Office de radiodiffusion-télévision française (1969-1970), il est nommé ministre des Affaires culturelles par Georges Pompidou (1973-1974). Maurice Druon fustige alors les directeurs de théâtre qui réclament des subventions tout en critiquant le pouvoir pompidolien, avec sa déclaration restée célèbre : « Les gens qui viennent à la porte de ce ministère avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l’autre devront choisir. » Il occupe ensuite divers postes politiques ou diplomatiques comme député de Paris, délégué à l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et à l’Assemblée de l’Union de l’Europe occidentale, député à l’Assemblée des Communautés européennes. Maurice Druon acquiert une notoriété internationale comme en témoignent tous les honneurs et décorations reçus et son appartenance à de multiples académies à l’étranger : Maroc, Grèce, Brésil, Russie, États-Unis…

D’humeur batailleuse, bretteur au franc-parler décapant, personnage intempestif, il participe au débat public, de sa plume altière comme chroniqueur au Figaro, ou de sa voix de bronze, envoûtante et reconnaissable entre toutes. Avec le rire sonore d’un fumeur invétéré, une faconde étourdissante vivifiée par un esprit et un humour exceptionnels, il avait l’art de créer une relation complice avec ses amis humbles ou puissants. Nombre d’entre eux lui témoignèrent leur admiration, notamment lors de ses funérailles aux Invalides.

Hervé du Boisbaudry

biographe