Nomination de Foch à la tête des armées alliées

14 avril 1918

Le 26 mars 1918, l’hôtel de ville de Doullens, bourg de Picardie, accueillit la conférence franco-britannique qui remit à Ferdinand Foch la « coordination » des armées alliées sur le front ouest. Depuis le 21, une puissante offensive allemande y avait réveillé les opérations, enfonçant les positions britanniques entre l’Oise et la Scarpe, et menaçant Amiens. Que faire si la ville tombait à son tour ? Le général Haig devrait-il se replier sur les ports de la Manche, ou maintenir la liaison avec l’aile gauche française de Pétain ? Ces choix dépassaient le ressort d’une coopération d’états-majors nationaux. Ainsi sonna l’heure de Foch.

Depuis 1917, l’impératif d’une coordination renforcée s’imposait aux Alliés : délitement de l’alliance russe annonçant un basculement à l’ouest de l’offensive allemande, relève croissante du front par les Britanniques, puis les Américains. En octobre, le désastre de Caporetto avait provoqué une intervention de secours interalliée, déjà présidée par Foch. Sur la Somme en 1916, dans les Flandres à l’automne 1914, le général s’était acquis, auprès du corps expéditionnaire d’outre-Manche, une vive réputation d’énergie et de pouvoir de conviction. « On ne commande pas aux Anglais, on s’entend avec eux », avait retenu le fougueux mais sagace Tarbais.

L’exaltation de Doullens confirma cette méthode. Chargé de « s’entendre » avec les commandants en chef, Foch n’est pas encore généralissime au soir du 26 mars. La pression de la bataille imposant de sortir du flou, la conférence de Beauvais lui donne le 3 avril « la direction stratégique des opérations ». Le 14, il reçoit enfin le titre de « général en chef ». 221 Alors, pourquoi Foch ? Pourquoi Doullens ? Durant cette bataille de Picardie, les trois quarts des renforts français qui permirent de contenir la percée avaient déjà été mis en mouvement avant le 26 mars par Pétain, qui dut reprendre à son compte une partie du front britannique. Du point de vue de Londres, et plus encore de Haig, un commandement interallié permettait d’effacer ce qui semblait bien une défaite, et seul il pourrait assumer devant l’opinion et les Communes l’éventualité de devoir lâcher les ports de la Manche pour conserver l’unité du front.

De mars à juillet, et de l’Yser à la Marne, les armées alliées encaissèrent les coups de boutoir de Ludendorff, avant de reprendre l’offensive menant à la victoire, qui fut donc d’abord celle de Foch, premier « grand chef » orné des sept étoiles le 6 août. Dix jours après la gloire de Rethondes, il était encore le premier accueilli à l’Académie par une « élection de maréchal », au fauteuil du marquis de Vogüé, érudit libéral, mais non à celui de Jules Lemaître, aux engagements trop marqués de nationalisme contestataire. Sous Clemenceau, la peur du général demeurait le commencement de la sagesse républicaine.

Laurent Chéron

professeur agrégé d’histoire