Proclamation de l’armistice de 1918

« Jour de deuil de l’armée allemande », le 8 août 1918 a dissipé les dernières illusions du général Erich Ludendorff, le second de Hindenburg à la tête des forces qui ont engagé, de mars à juillet, un ultime effort pour l’emporter. La victoire obtenue sur le front russe a certes fourni aux Allemands l’opportunité de disposer pendant plusieurs mois de la supériorité à l’Ouest, de la possibilité de vaincre les forces de l’Entente et d’obtenir une paix de compromis favorable aux Centraux. Il fallait toutefois prendre le dessus avant l’été de 1918 car, à partir de ce moment, l’arrivée massive et régulière des Américains va inévitablement renverser à terme le rapport des forces au profit de l’Entente. Plusieurs coups de boutoir sont donc lancés par les Allemands, en Picardie en mars, à la jonction des fronts français et britannique, en Flandre en avril contre les Anglais, en Champagne en mai pour fixer les réserves françaises, en juillet enfin pour améliorer les gains territoriaux obtenus lors de l’offensive précédente. Cet ultime effort est brisé par la contre-offensive française du 18 juillet qui, trois jours plus tard, contraint l’ennemi à la retraite. Celle-ci ne s’arrêtera plus. La supériorité des effectifs et l’engagement massif des chars rendent la défaite allemande inéluctable. Les armées du Kaiser se replient certes en bon ordre mais le temps joue désormais contre elles, au moment où les différents alliés de Berlin – Bulgares, Turcs, Austro-Hongrois – sont contraints, l’un après l’autre, d’abandonner la lutte.

Alors qu’ils pensaient obtenir la victoire au printemps, les généraux allemands comprennent qu’elle est désormais hors de portée et ce sont eux qui demandent aux responsables politiques d’envisager désormais une demande d’armistice. Ces derniers sont convaincus qu’il faut s’adresser au président américain Wilson, « associé » à l’Entente, dont ils espèrent qu’il sera disposé à négocier sur la base des « quatorze points » qu’il a formulés au mois de janvier précédent. Une note est donc adressée au gouvernement de Washington dans la nuit du 3 au 4 octobre. Dans leur réponse, les Américains insistent sur l’évacuation des territoires occupés et sur la représentativité de ceux qui adressent la demande d’armistice. Les Allemands acceptent ces conditions préalables mais, trois jours plus tard, une nouvelle note américaine fait l’effet d’une douche froide car Wilson entend voir reconnue « la supériorité actuelle des armées alliées », exige la fin immédiate de la guerre sous-marine et pose en termes voilés la question du maintien au pouvoir de la « clique militaire » qui, selon lui, dirige alors l’Allemagne. Le 24 octobre, une troisième note américaine précise les exigences de l’Entente : l’Allemagne devra être mise dans l’impossibilité de reprendre le combat et les Alliés ne négocieront qu’avec « des représentants authentiques du peuple allemand ». Le 26 octobre, le chancelier Max de Bade obtient la démission de Ludendorff, remplacé par le général Groener, un spécialiste des transports à qui incombera la responsabilité de conduire la retraite. L’armistice austro-italien du 3 novembre précipite les choses en découvrant le flanc sud de l’Empire allemand, au moment où la révolution, partie des ports de la mer du Nord et de la Baltique, est en train de gagner l’ensemble du pays.

Le 6 novembre, la dernière note du président américain arrive à Berlin, annonçant au gouvernement allemand que Foch présentera les conditions d’armistice aux plénipotentiaires qui lui seront envoyés. Le 9 novembre, Guillaume II se résout à abdiquer et à partir en exil aux Pays-Bas alors que le social-démocrate Scheidemann proclame la république au balcon de la chancellerie. Préparées et discutées du 24 octobre au 5 novembre par les chefs militaires alliés, les clauses de l’accord d’armistice sont présentées aux délégués allemands arrivés le 8 novembre dans une clairière de la forêt de Compiègne proche du village de Rethondes où se trouve le wagon de commandement de Foch. Les conditions fixées par les vainqueurs sont transmises au grand quartier général de Spa et sont acceptées deux jours plus tard. Les hostilités doivent cesser à onze heures du matin, le onzième jour du onzième mois de 1918. Les conditions acceptées par l’Allemagne la mettent, selon Foch, « à la merci des vainqueurs ».

Philippe Conrad

historien

 

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