Charles Münch

Strasbourg (Bas-Rhin), 26 septembre 1891 – Richmond (États-Unis), 6 novembre 1968
Illustration, Charles Münch dirigeant l’Orchestre de Paris

Les grands chefs d’orchestre du XXe siècle furent admirés, craints ou respectés, Charles Münch était aimé. Celui qui passa à la postérité comme chef français était en fait au carrefour des cultures. Né en Alsace lorsque celle-ci était allemande, il fit la Première Guerre mondiale sous l’uniforme allemand, avant de devenir français en 1918. Personnalité singulière et flamboyante, ce grand Européen fut irréductible à une identité nationale.

Né dans une grande famille protestante alsacienne, Münch baigne dans un environnement musical (son père était chef du choeur de l’église Saint-Guillaume de Strasbourg). Il fait de brillantes études de violon, elles aussi marquées par la double culture puisqu’il est l’élève de Lucien Capet à Paris et de Carl Flesch à Berlin. Recruté comme premier violon du Gewandhaus de Leipzig en 1925, c’est là qu’il fait pour la première fois l’expérience de diriger un orchestre, essai suffisamment concluant pour ancrer en lui la vocation. Installé à Paris en 1932, il y fait ses débuts officiels à la baguette, à quarante et un ans ! Après trois ans à la tête de la Société philharmonique de Paris, la consécration arrive en 1938 lorsqu’il devient chef de la Société des concerts du conservatoire, le plus prestigieux des orchestres français. Après la guerre, pendant laquelle il reverse ses cachets à la Résistance, il se lie avec l’Orchestre national et l’emmène pour sa première tournée aux États-Unis en 1946. Ces débuts américains triomphaux lui valent la succession de Serge Koussevitzky à la tête du Boston Symphony Orchestra en 1949. Il restera directeur musical de cette formation jusqu’en 1962. Celui que les Américains appellent « le beau Charles » devient une véritable star. Musiciens et public adorent le panache de ses interprétations, en particulier dans la musique française de Berlioz, Debussy, Ravel, mais aussi de ses contemporains Honegger et Dutilleux. Il revient à Paris en 1963, auréolé de ses succès américains. En 1967, lorsque Marcel Landowski fonde l’Orchestre de Paris, il en propose naturellement la direction à Münch : le 14 novembre 1967, le concert inaugural au Théâtre des Champs-Élysées, en présence de Malraux et du Tout-Paris, est un événement sensationnel.

Hiver 1968, première tournée de la jeune formation aux États-Unis : New York, Philadelphie, Washington, Raleigh puis Richmond (Virginie). C’est là, dans sa chambre d’hôtel, que Münch meurt dans son sommeil dans la nuit du 6 au 7 novembre, laissant les musiciens orphelins et le public désemparé. Sa dernière aventure musicale n’aura duré que onze mois. Humaniste et généreux, le musicien Münch laissait parler son coeur avant son cerveau. Il n’aimait guère les répétitions et les écourtait souvent, se réservant pour le concert où ses interprétations ne se ressemblaient jamais.

Christian Merlin

critique musical