Joseph Peyré

Aydie (Pyrénées-Atlantiques), 13 mars 1892 – Cannes (Alpes-Maritimes), 26 décembre 1968
Illustration, Joseph Peyré et sa soeur dans le jardin de la maison familiale

Joseph Peyré appartient à la cohorte des écrivains du XXe siècle qui eurent des centaines de milliers de lecteurs, mais que l’on juge à présent démodés, pour autant que leur nom nous dise encore quelque chose. Ils sont nombreux, ces illustres, passés au rang de quasi-inconnus ! Qui aujourd’hui met le nez dans les oeuvres de Georges Duhamel, de Pierre Benoit, de Paul Vialar, de Gilbert Cesbron ou de Maxence Van der Mersch ?

Pour un écrivain dont les grands succès dataient de l’entre-deux-guerres ou du second après-guerre, mourir en 1968 fut une déveine de plus. L’époque était aux avant-gardismes, au Nouveau Roman, au rejet des codes et des valeurs littéraires de la génération précédente. Joseph Peyré, bon artisan du roman sous sa forme traditionnelle, qui composait soigneusement des intrigues avec des personnages, des dialogues et des descriptions, paraissait vieille école. Dans les années 1960, cela ne pardonnait pas. Un vaste public le suivait encore, sans doute ; mais les critiques en vue, les intellectuels faiseurs d’opinion haussaient les épaules et ne s’en souciaient même plus.

Son oeuvre présente un singulier paradoxe. Fidèle à son Béarn natal (Jean le Basque, 1953 ; Le Puits et la maison, 1955), région dont il sortait si peu que cela lui coûta, dit-on, l’élection académique, Joseph Peyré avait voué l’essentiel de ses romans à l’exotisme et à l’aventure – notions bien désuètes encore. Le désert, le rêve africain et colonial avec L’Escadron blanc (1931), Sous l’étendard vert (1934), La Légende du goumier Saïd (1950) ; l’Espagne et la tauromachie avec Sang et lumières (1935 ; adapté au cinéma en 1954 avec des dialogues de Michel Audiard) ; la haute montagne avec Matterhorn (1939). Ce dernier titre en dit long : alors même que Peyré n’avait jamais fait d’alpinisme, Roger Frison-Roche (un vrai montagnard, lui, auteur de best-sellers sur le sujet) disait avoir trouvé en lui un maître et un inspirateur.

Le thème qui unifie son oeuvre, c’est un humanisme. Ce qui le passionne, c’est la solitude de l’homme qui choisit le risque et le défi, que ce soit face au taureau, face à la montagne, face au désert. Tel est le secret qui le hante et qu’il cherche à percer.

Sa région natale ne l’a pas oublié. Un collège porte son nom, tout près de son village d’Aydie. La bibliothèque municipale de Pau conserve un fonds Joseph Peyré légué par sa veuve. Peut-être cette année 2018 procurera- t-elle l’occasion de relire un bel écrivain, réellement patrimonial, et d’avoir de très bonnes surprises.

François Taillandier

écrivain

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