Premier lancement de la fusée Véronique depuis la base de Kourou

9 avril 1968
Illustration, lancement d'une fusée-sonde Véronique V61 en 1968 depuis Kourou

C’est en 1964 que le poète guyanais Léon-Gontran Damas publie dans le recueil Névralgies le poème « Grand comme un besoin de changer d’air » ; la même année, le général de Gaulle entérine l’arrêté ministériel qui établit à Kourou le Centre spatial guyanais. L’indépendance de l’Algérie et les accords d’Évian obligent en effet les ingénieurs français du Centre national d’études spatiales et leurs collaborateurs à quitter la base de lancement d’Hammaguir où, depuis 1948 et jusqu’en 1967, ils testent les premières fusées françaises et lancent les premiers satellites. L’espace français doit changer d’air. Celui de la Guyane est particulièrement favorable aux activités spatiales. Sans être désertique comme les plateaux du Sahara, la côte guyanaise ne compte tout de même que peu d’habitants. Mais surtout sa position presque équatoriale permet de profiter au mieux de l’effet de fronde, autrement dit de la rotation du globe terrestre : le gain de performance lors d’un lancement vers l’est est appréciable. Et cette direction est d’autant préférable qu’elle est celle de l’océan Atlantique, réduisant ainsi les risques courus par les populations locales lors du lancement. Le choix du gouvernement français se révélera particulièrement judicieux : au fil des années, le Centre spatial guyanais s’est forgé une réputation d’excellence dans le milieu astronautique. C’est la fusée-sonde Véronique qui, le 9 avril 1968, inaugure le pas de tir construit à Kourou. Damas ni aucun de ses confrères poètes ne sont pour rien dans le charmant prénom de l’engin : en effet, il n’est que le raccourci du patronyme VERnon électrONIQUE, Vernon étant l’un des berceaux de l’industrie astronautique française. Pour ce vol, c’est la version AGI (pour Année géophysique internationale, célébrée en 1957-1958) des Véronique qui est retenue : elle mesure 7 mètres de long et emporte une charge utile de 60 kilogrammes ; rien à voir avec les Ariane 5 qui atteignent 53 mètres de haut et sont capables de placer jusqu’à 10 tonnes en orbite. Mais la Véronique remplit sa mission : la capsule technologique qu’elle largue aux portes de l’espace est récupérée dans l’océan. Elle est suivie, le 10 mars 1970, par une fusée Diamant qui place en orbite le satellite allemand Wika : dès cette époque et malgré les déboires du projet de fusée Europa, l’Europe de l’espace est en train de naître ; bientôt, Kourou deviendra officiellement son port spatial.

Jacques Arnould

historien des sciences chargé des questions éthiques au Centre national d’études spatiales (CNES)