Première greffe cardiaque en Europe

27 avril 1968
Illustration, conférence de presse après la première transplantation cardiaqu...

En 1954 Christian Cabrol part à l’hôpital universitaire de Minneapolis, où les premières interventions à coeur ouvert ont été effectuées par Walton Lillehei. Là, il fait la connaissance de Christiaan Barnard et de Norman Shumway.

De retour en France, il rejoint le service de chirurgie générale du Pr Gaston Cordier de la Pitié-Salpêtrière mais garde le contact avec les chirurgiens américains, en particulier Shumway. Au cours de l’un de ses voyages, le chirurgien Richard Lower lui montre des chiens qui ont subi une transplantation cardiaque. Dès lors, Shumway et Cabrol se passionnent pour la transplantation chez l’homme. Mais sa réalisation nécessite le prélèvement d’un coeur battant.

Pendant longtemps la mort s’est définie comme l’arrêt irrémédiable du coeur. C’est en 1959 que deux neurologues et réanimateurs français (Maurice Goulon et Pierre Mollaret) décrivent l’état de mort encéphalique qui autorise le prélèvement d’un coeur battant. À la Pitié, dans cette petite équipe soudée, l’idée de réaliser une transplantation germe. Des circonstances propices se présentent. Les chirurgiens qui se sont exercés au laboratoire d’anatomie maîtrisent la technique. Le Pr Faquet, dirigeant le service de cardiologie, propose la transplantation à un patient atteint d’insuffisance cardiaque terminale en état de défaillance multi-viscérale. Et dans le service de neurochirurgie, le Pr José Aboulker propose le prélèvement du coeur d’un patient en état de mort encéphalique, après l’accord de la famille.

C’est ainsi que, le 27 avril 1968, la première transplantation cardiaque en Europe est réalisée à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière par Christian Cabrol, son assistant Gérard Guiraudon, avec l’aide de son anesthésiste réanimateur, le Dr Annick Cabrol. La surprise est immense.

Pourtant, le nombre des « transplantés » reste très faible. Les résultats, temporairement médiocres, s’expliquent par l’état gravissime des receveurs et l’absence de maîtrise du rejet. La majorité des chirurgiens abandonnent la transplantation cardiaque, sauf quelques rares équipes dont celle de la Pitié.

En 1972, un véritable service de chirurgie cardiaque est ouvert à l’hôpital de la Pitié, avec deux nouveaux assistants, Iradj Gandjbakhch puis Alain Pavie. En 1981, le Pr Cabrol utilise pour la première fois en Europe la cyclosporine, un médicament antirejet qui améliore d’une façon spectaculaire les résultats de transplantation d’organes.

En 1982, l’équipe de la Pitié réalise la première transplantation du bloc coeur-poumons en Europe.

Iradj Gandjbakhch

Alain Pavie

professeurs émérites de chirurgie thoracique et cardiovasculaire à l’université Pierre-et-Marie-Curie Paris-VI