Attribution du prix Nobel de la paix à René Cassin

1968
Illustration, photographie de René Cassin en 1969

"Notre déclaration se présente comme la plus vigoureuse, la plus nécessaire des protestations de l’Humanité contre les atrocités et les oppressions".

Il est rare qu’un homme épouse à ce point son héritage familial, éloge de la diversité humaine et du service de la nation, pour féconder une idée, la promouvoir jusqu’à ce qu’elle vive dans les coeurs et la loi des hommes, puis pour la défendre contre l’injustice et l’horreur jusqu’à son dernier souffle. René Cassin (1887 – 1976) était de cette trempe.

Fantassin des droits de l’homme, apôtre du droit international et professeur d’espoir, il est un enseignement pour la jeunesse car il a pensé et agi, tout à la fois, en homme libre n’appartenant à aucun clan, et toujours pour la primauté de l’individu face aux États.

Sa passion précoce pour la chose publique le mena à enseigner le droit. Grièvement blessé en 1914, il participe sitôt rétabli à la création de l’Union fédérale des anciens combattants. Il obtient le droit à la réparation en 1919, alors que le traité de Versailles instaure la Société des Nations dans laquelle il voit une autre voie que la guerre pour faire régner le droit entre les nations et réaliser son idéal de paix.

Il n’eut dès lors de cesse, durant sept décennies décisives pour l’humanité, de défendre l’application internationale des droits de l’homme. Quel courage et quelle vision fallait-il alors pour alerter les peuples européens sur l’horreur des nationalismes de tous crins et défendre que chaque individu soit reconnu comme un sujet de droit international ! Il a compris dès 1937 que la guerre arrivait, qu’elle serait mondiale et que la croisade victorieuse devait être celle des droits de l’homme contre la coalition des États Léviathan.

Ralliant le général de Gaulle à Londres le 28 juin 1940, il rédige les statuts des Forces françaises libres et devient commissaire à la justice et à l’instruction publique du Comité national français. À la Libération, il est nommé vice-président du Conseil d’État. C’est dans cette période qu’il participe à la création de l’Unesco et se bat pour que la Déclaration universelle des droits de l’homme soit adoptée par les Nations unies en 1948. René Cassin y voit « le premier mouvement d’ordre éthique que l’humanité organisée eût jamais adopté ».

Faire entendre le cri des victimes de l’histoire et de la barbarie, « réparer le passé », ne suffit pas. René Cassin voulait aussi « préparer l’avenir » par la voie juridique et intellectuelle, faire respecter les droits humains. Il créa pour cela la Cour européenne des droits de l’homme, qu’il présida en 1965 et qui lui valut d’être le dernier Français nommé prix Nobel de la paix en 1968, avant d’entrer au Panthéon en 1987, onze ans après sa mort.

Maxime Verner

président de l’Association des jeunes de France