Lucienne Dhotelle, dite la Môme Moineau

Reims (Marne), 17 janvier 1908 – Paris (Hôpital américain), 18 janvier 1968

Élevée au coeur de la sinistre « Zone » qui surplombait Paris – espace infesté de vermines de toutes sortes et lieu de sanglantes rixes entre apaches de tout poil –, la petite romanichelle effrontée, voleuse de poules, qui vendait des fleurs à la sauvette devant Chez Maxim’s et que tout prédestinait à une vie de misère et de délinquance, devient du jour au lendemain, grâce à sa gouaille parigote, une vedette du music-hall et l’égérie du grand couturier Paul Poiret sous le surnom de Môme Moineau. Puis, lors d’une tournée aux États-Unis, se montrant sur la scène à Broadway, elle est remarquée par un beau et richissime Dominicain qui en tombe fou amoureux et l’épouse dans la foulée. Elle devient ainsi l’une des femmes les plus riches du monde… mais aussi les plus excentriques et imprévisibles. Renommée pour ses dépenses extravagantes, ses bijoux hors de prix, ses yachts somptueux et ses innombrables Rolls, pour ses caprices aussi insupportables de sans-gêne qu’irrésistibles de drôlerie.

Amie de Fréhel, de Mistinguett, de Maurice Chevalier et de Tino Rossi, elle décède d’un cancer et est inhumée en grande pompe au cimetière marin de Porto Rico. Son gigantesque mausolée de marbre est orné d’un moineau et surmonté de son buste tourné vers le large pour que, selon ses dernières volontés, elle puisse apercevoir au loin la France qu’elle adorait, et cela pour la nuit des temps.

À elle seule, la Môme Moineau symbolise l’« époque épique » et à jamais perdue des nababs fous et magnifiques.

 

Michel Ferracci-Porri,

écrivain