Article : Résidence d’artistes et création

© Archives des Yvelines

La résidence d’artiste permet d’expérimenter de nouvelles formes de création et de nouer des liens avec le public. D’abord impulsée par le ministère de la Culture, elle est un outil utilisé également par les collectivités territoriales. À ce titre, elle participe à enrichir les politiques publiques et les missions culturelles sur un territoire.

Les Archives travaillent depuis plusieurs années avec des artistes, qui y trouvent un matériau riche pour stimuler leur créativité : « L’attrait des artistes pour les archives devient presque une mode » souligne le rapport « La résidence d'artiste, un outil inventif au service des politiques publiques » (t. 2, p. 44). Ces résidences artistiques peuvent s’adresser à tout public ou être orientées vers le milieu scolaire. Présentons quelques exemples.

 

Les Archives nationales connaissent plusieurs expériences de résidence d’artiste.

- En 2015 et 2016, Nicolas Frize produit des oeuvres musicales, dont «Silencieusement, une composition pour plus de 200 interprètes en six mouvements et six lieux avec déambulation du public, et une œuvre électroacoustique Palimpsestes qui revisite 40 ans d’archives sonores de ses propres créations.

- En 2019 ont été accueillis en résidence, du 18 au 22 mars, six étudiants de l’école supérieure d’art et de communication de Cambrai et leur ont donné Carte blanche pour réaliser une œuvre sur les baies vitrées du bâtiment de Massimiliano Fuksas à Pierrefitte-sur-Seine. L’œuvre, évolutive et éphémère, s’est inspirée de documents conservés aux Archives nationales, tout en s’inscrivant dans l’opération « Dis-moi dix mots » du ministère de la Culture.

 

Aux Archives du Nord deux livres d’artistes ont été publiés qui posent un regard sur les kilomètres de rayonnages et la diversité des corpus d’archives : Archifolia, documents (2012) de Bernadette Genée et Alain Le Borgne et ADN, documents (2014).

 

Les Archives des Yvelines ont accueilli de juin 2019 à juin 2020 l’artiste Babette Largo, créatrice sonore, pour le projet « Tous en résidence » : elle a travaillé d’abord sur la thématique de la paix, en lien avec les traités de paix de la Première Guerre mondiale, puis a réorienté son travail, en raison de la pandémie du covid-19, sur les sons du confinement. Sa résidence a été participative, sous forme itinérante sur le territoire dans un premier temps - avec des ateliers et des rencontres -, puis par un appel à une participation à distance ensuite, en envoyant tout type de document lié au confinement. Ses créations sonores sont en ligne.

 

Depuis 2016, les Archives du Val-d’Oise bénéficient dans le cadre de leur service éducatif d’une résidence artistique baptisée « Artistes au collège », programme soutenu par le conseil départemental. Chaque année, une thématique est explorée avec l’aide d’artistes qui peuvent être auteur, illustrateur, musicien…

- En 2016-2017, c’est un roman graphique intitulé "La statue à demi-envolée de 1177" qui a été réalisé avec un auteur-illustrateur, à partir d'une charte chirographe conservée pour moitié dans le Val-d’Oise et pour moitié aux Archives nationales.

- En 2017-2018, les élèves ont travaillé avec un ensemble de musique de chambre en s’appuyant sur les partitions et paroles de chants de poilus sur le thème « De la guerre à la paix ».

- En 2019-2020, la résidence artistique « La forêt grandeur nature » a été également culturelle et environnementale sur le thème de la forêt - de la graine à l’arbre et du sol au ciel -, avec une visite d’exposition aux Archives nationales, une visite de forêt et un atelier aux Archives.

 

Les Archives de la Réunion ont déjà accueilli plusieurs artistes en résidence.

En 2019 et 2020, deux artistes ont créé un album de bande dessinée autour du jeune esclave affranchi Edmond Albius, qui a inventé le procédé de fécondation de la vanille au XIXe siècle. S’étant piqués au jeu des archives, ils ont aussi réalisé un feuilleton en 12 épisode qu’ils ont tout simplement intitulé : la Gazette des Archives, paru chaque dimanche dans le Journal de l’île de La Réunion (septembre-décembre 2020) ; il est repris dans l’album Aux Archives ! Journal dessiné d’une résidence.

Des ateliers ont été animés avec des scolaires par les artistes.

En 2018 :

- Gabrielle Manglou a effectué une résidence de création croisée à la Cité des arts et aux Archives départementales à partir du constat que peu d’objets matérialisent l’histoire de La Réunion : son exposition « Hypothèse de l’objet en creux » développe des propositions plastiques, graphiques ou éphémères

- Charles Prime a travaillé à partir de cartes géographiques et de photographies pour aboutir à une œuvre mêlant savoir scientifique et plaisir esthétique.

- L’auteure mauricienne Shenaz Patel travaille sur Niama, princesse du Sénégal, esclave à Bourbon, mère du scientifique Lislet-Geoffroy ; son œuvre, mise en théâtre, a fait l’objet de représentations aux Archives.

 

Aux Archives municipales de Saint-Étienne, la résidence de deux auteurs de bande dessinée - résidence basée sur la valorisation de documents d'archives - a abouti à une exposition (plus modeste que prévue en raison de l'épisode du COVID) et à la création d'un site internet sur le sujet "1916/1914 : la naissance d'une ville". Le site propose des vidéos présentant à la fois les archives et le processus de création ; il sera complété par une vidéo de visite virtuelle de l'exposition. Une publication de est en ligne.

 

Pour aller plus loin

- Rapport : « La résidence d'artiste, un outil inventif au service des politiques publiques » (Direction générale de la création artistique, 2019, 2 t., 475 p.) 

- Exemple : DRAC Bretagne pour les résidences en milieu éducatif

- site Arts en résidence, réseau national