Carmontelle

Paris, 15 août 1717 – Paris, 26 décembre 1806

Louis Carrogis est aujourd’hui connu sous le nom de Carmontelle. Peintre, dessinateur, graveur, auteur de théâtre, architecte paysagiste, il est resté célèbre comme chroniqueur de la haute société de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Fils d’un cordonnier d’origine ariégeoise, il apprend la peinture en autodidacte, participe à la guerre de Sept Ans en qualité de topographe avant d’entrer en 1763 au service de Louis-Philippe Ier, dit le Gros, duc d’Orléans, en qualité de lecteur. En 1785, à la mort du duc d’Orléans, il se retrouve au service de son fils le duc de Chartres et futur Philippe Égalité pour lequel il dessine les plans de la « folie de Chartres », parc de style anglo-chinois, dont il conçoit aussi les fabriques, actuel parc Monceau (1773-1778). Il se révèle brillant ordonnateur de fêtes et de spectacles et improvise des comédies appelées Proverbes. Son esprit comme son habileté à portraiturer avec une facilité surprenante « des hommes et des femmes de tout état, de tout âge depuis M. le Dauphin jusqu’au frotteur de Saint-Cloud* »,  lui valent un immense succès. Ses contemporains s’accordent à reconnaître son talent à saisir très rapidement le maintien, l’esprit du modèle plus que la ressemblance des traits selon une méthode qui identifie ses portraits de profil, en pied ou assis, au crayon lavé d’aquarelle, rehaussée parfois de pastel ou de gouache. Carmontelle, dont on recense plus de six cents portraits, ne les monnayait pas. Il en faisait des copies qu’il distribuait à ses amis et admirateurs, se réservant les originaux dont la majeure partie se trouve aujourd’hui conservée au château de Chantilly et au musée Carnavalet à Paris. Beaucoup de ces dessins ont été repris par des graveurs de renom. Jean-Baptiste Delafosse grave en 1765 La Malheureuse Famille Calas. Lorsque le duc de Chartres est guillotiné en 1793, Carmontelle privé de sa clientèle se retire dans un petit logement de la rue Vivienne où il meurt treize ans plus tard à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Il consacre alors son temps à l’art du transparent dont il montre les toiles peintes sur une bande de papier de Chine ou de papier vélin à Mme de Genlis en 1801. Le musée du Louvre a fait l’acquisition en 2015 d’un de ces rouleaux, long de treize mètres, de dix-sept feuilles cousues bout à bout, peintes à la gouache, aquarelle et encre. Monté sur deux rouleaux de bois, le rouleau défile entre deux ouvertures permettant au jour de laisser passer la lumière. Sorte de lanterne magique, l’enchantement est total et anticipe le cinématographe.

*déclare le baron de Grimm, qui posa pour Carmontelle en 1769, dans une lettre datée du 1er mai 1763.

Lydia Harambourg

historienne, critique d’art

membre correspondant de l’Académie des beaux-arts