Marquise Thérèse de Gorla, dite Mlle Du Parc

Lyon (Rhône), 1633 – Paris, 11 décembre 1668

Fille d’un bateleur-bonimenteur d’origine italienne pour qui elle danse et joue la comédie, fort belle, taille souple et port altier, Marquise se joint en 1653 à l’Illustre-Théâtre de passage dans la ville où elle est née. Molière la trouve séduisante, mais elle épouse un des comédiens, le gros René Berthellot, dit Du Parc, qui joue les valets. Au cours d’une tournée à Rouen, Marquise éblouit les frères Corneille vieillissants ; Pierre lui adresse les Stances à Marquise, Thomas une élégie :

« Allez, belle marquise, allez en d’autres lieux

Semer les doux périls qui naissent de vos yeux... »

En 1658, la troupe de Molière joue Nicomède de Corneille devant le roi, puis le couple Du Parc quitte brièvement Molière pour le théâtre du Marais avant de revenir deux ans plus tard. Le mariage de Louis XIV ouvre une période de fêtes, les comédiens sont accueillis chez les seigneurs. Marquise, fort admirée, joue à Vaux le Vicomte en 1661 et, en 1664, dans les jardins de Versailles, apparaît en nymphe jaillissant de l’eau dans Les Plaisirs de l’île enchantée . On lui attribue quelques liaisons sur lesquelles elle reste discrète, dont une vers 1660 avec François de Béthune, dont elle aurait eu un fils. Elle se lie avec la comtesse de Soissons, nièce de Mazarin, et se fait une amie de la Voisin*.

Elle se lasse, chez Molière, de tenir les seconds rôles derrière Catherine de Brie et Armande Béjart mais, en 1665, sa rencontre avec Racine modifie la donne : une passion réciproque unit le poète de vingt six ans encore peu connu et la comédienne célèbre de trente deux ans. En 1666, lorsque meurt son époux, Marquise devient la maîtresse officielle de l’écrivain et lui donne une fille. Elle était Axiane dans la deuxième tragédie de Racine, Alexandre , elle sera Andromaque dans la troisième, pièce écrite pour elle et dont elle incarne le rôle titre. Jouée devant Leurs Majestés en 1667, Andromaque est un triomphe pour l’auteur comme pour l’actrice et Racine obtient l’engagement de son interprète à l’Hôtel de Bourgogne. Réussite, amour et mort : en pleine gloire, comme pour ajouter à sa légende, la Du Parc meurt brutalement, probablement lors d’une fausse couche plus ou moins provoquée. Des rumeurs d’empoisonnement circulent et éclaboussent même un Racine désespéré, qui faillit être inculpé lors de l’affaire des Poisons, mais fut par chance rapidement disculpé.

*Catherine Deshayes, dite la Voisin, fut, avec la marquise de Brinvilliers, la principale inculpée dans l’affaire des Poisons (1679-1682), où furent aussi compromis de nombreux et hauts personnages de la cour.

Michèle Friang

historienne