Charles Cressent

Amiens (Somme), 16 décembre 1685 – Paris, 10 janvier 1768

Nous devons à l’immense talent de Charles Cressent, artiste à la double formation d’ébéniste et de sculpteur, en activité de 1719 à 1756, des meubles reconnaissables par leurs lignes et par l’originalité et la qualité de leurs bronzes dorés. Charles Cressent est reçu maître-sculpteur à Paris en 1714 puis entre à l’atelier de l’ébéniste Joseph Poitou. À la disparition de ce dernier en 1719, il épouse sa veuve et reprend l’atelier de la rue Notre Dame des Victoires, héritant du titre d’ébéniste du Régent. Cressent dessine les meubles et crée les modèles des bronzes exécutés sous sa direction, affrontant les corpo­rations de fondeurs et doreurs. Artiste à la très grande notoriété, il travaille pour les Orléans, pour le roi de Portugal Jean V et l’Électeur de Bavière Charles-Albert ainsi que pour les grands amateurs parisiens, les financiers et les hauts fonctionnaires.

Cressent opte pour une marqueterie simplifiée, un frisage générant un riche effet de lumière sur lequel se développe le prépondérant décor de bronze doré. La typologie de ses créations est étendue : bibliothèques, armoires, médailliers, bureaux et commodes. Il marque superbement l’évolution du mobilier avec le bureau et la commode. Le grand bureau plat, cantonné de bustes de femmes ou espagnolettes, a été l’une de ses spécialités. Mais Cressent a excellé dans la fabrication des commodes. On perçoit l’évolution stylistique avec les commodes à cadres et espagnolettes encore droites puis les commodes « à palmes et fleurs » déjà rocaille. La progression dans la splen­deur et le rocaille se retrouve dans les commodes livrées pour le prince électeur de Bavière. Cressent a également conçu des modèles de régulateurs, de cartels, chenets et bras de lumière.

Dans leur décor de bronze doré, les commodes combinent les motifs de cartouches festonnés, de guirlandes et de chutes de fleurs, de palmes et de feuilles de lierre. La figure humaine ou la fantaisie que véhiculent les singeries ponctuent ces compositions. Il en résulte une étonnante jubilation.

On est subjugué par la plastique des bronzes et leur formidable orchestration. Le parcours créateur de Cressent nous conduit de la fin du style Louis XIV et de la Régence à l’époque rocaille. On réalise tout ce que son art doit à l’art des boiseries. Les motifs naturalistes et figurés de bronze doré relèvent du répertoire des sculpteurs sur bois parisiens.

Cressent nous laisse de splendides créations qui témoignent d’un art dont la finalité demeure le plaisir de l’équilibre, le raffinement et la gaieté. Il est l’un des créateurs du style Louis XV.

Pierre-Xavier Hans

conservateur en chef du patrimoine

Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon