Louise de Bettignies

Saint-Amand-les-Eaux (Nord), 15 juillet 1880 – Cologne (Allemagne), 27 septembre 1918

Septième d’une famille de neuf enfants, Louise naît en 1880 près de Lille, au moment où son père quitte son usine de porcelaine en déclin. Louise a une profonde affection pour lui. Son frère aîné Henri, ordonné prêtre en 1892, sera son appui dans les aventures de sa vie liées à son patriotisme et à sa foi. Polyglotte, grâce à des études en Angleterre et à ses emplois de préceptrice dans des familles européennes, elle revient à Lille en 1914. La prise de la ville par les Allemands la pousse à s’impliquer dans la Ligue des patriotes résistants, avec son amie Germaine Féron-Vrau, Mgr Charost* et de nombreux prêtres et religieux. Au péril de sa vie, elle accepte de transporter à Béthune, où est réfugiée sa mère, des lettres de familles du Nord et prend le nom d’Alice Dubois. Contrôlée par les Anglais à Folkestone, elle rencontre des officiers du Foreign Office dont elle accepte finalement la direction du réseau Ramble.

Après un rapide stage en Angleterre, elle forme peu à peu quatre-vingts agents dont une ancienne ouvrière, Marie-Léonie Vanhoutte, devenue Charlotte Lameron. Risquant leur vie, elles transportent des renseignements aux Pays- Bas. Charlotte est arrêtée le 13 septembre 1915 à Froyennes. Emprisonnée à Tournai puis à Lille, la police réalise qu’elle est proche d’Alice Dubois, arrêtée en octobre 1915.

Leur confrontation permet de les inculper toutes les deux. Elles passent en jugement devant les tribunaux militaires allemands à Bruxelles, le 16 mars 1916 ; ils requièrent la peine de mort pour Louise, commuée en travaux forcés à perpétuité, et quinze ans de réclusion pour Marie-Léonie. Toutes deux sont envoyées au bagne allemand de Siegburg dirigé par un ancien militaire sans pitié, Herr Dürr. Il surveille étroitement Louise et la prive de ses courriers et de ses paquets. Le 16 décembre 1916, apprenant que les condamnées en atelier doivent peindre des têtes de grenades, travail interdit par les conventions de Genève, Louise organise une révolte. Elle est jetée au cachot et en ressort malade de la pleurésie.

Opérée en prison, son état s’aggrave et, grâce aux démarches de ses proches, elle est enfin transférée à l’hôpital Sainte-Marie de Cologne, où elle mourra seule, le 27 septembre 1918. Enterrée sans cérémonie au cimetière de la ville, il faut attendre le 4 mars 1920 pour que les chefs d’État et les généraux alliés puissent assister à Lille à ses funérailles nationales. Le 13 novembre 1927, la maréchale Foch et la générale Weygand obtiennent de faire élever dans sa ville la seule statue de cette héroïne et espionne de la Grande Guerre, Louise de Bettignies, la « Jeanne d’Arc du Nord ».

*Évêque de Lille de 1913 à 1920.

Chantal Antier

docteure en histoire