Jean Marais

Cherbourg (Manche), 11 décembre 1913 Cannes (Alpes-Maritimes), 8 novembre 1998
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Pour toute une génération, cet acteur au physique exceptionnel, beau à tous les âges de sa longue carrière, fut le caracolant et ferraillant héros sans peur et sans reproche des films de cape et d’épée de notre enfance. On y admirait sa bravoure et son panache, lui qui exécutait ses cascades sans doublure.

 

Pour une génération précédente, il avait déjà été l’emblème d’une jeunesse, prompte à se reconnaître en lui jusqu’à adopter, comme signe de ralliement, le fameux pull-over Jacquard qu’il portait dans L’éternel retour.

 

Et, pour toutes les générations confondues, il reste l’inoubliable interprète des chefs-d’œuvre du cinéma français sans cesse projetés dans les cinémathèques : La Princesse de Clèves, L’Aigle à deux têtes, Les Parents terribles, Orphée, La Belle et la Bête de Jean Cocteau.

 

Jean Marais qui croyait à la chance et à sa chance, conviction puisée dans les chiffres “ 11/12/13 ” de son originale date de naissance, transformait ses échecs des débuts en réussites. On le refuse au Conservatoire d’Art Dramatique : il ne peut rien lui arriver de mieux, sa chance est ailleurs, c’est tout !

 

Découvrant chez un ami un portrait de jeune homme, il croit y voir son propre visage. Il n’aura alors de cesse de rencontrer celui qui l’a ainsi dessiné sans le connaître, un certain Jean Cocteau. Il a trouvé son Pygmalion. Du petit Cherbourgeois instable, à l’enfance tourmentée, attiré confusément par l’art, qui peint et dessine passionnément, qui gagne sa vie comme retoucheur de photos dans un studio, Jean Cocteau va faire une des vedettes les plus populaires du cinéma et du théâtre français. Jean Marais n’aura alors de cesse, par son travail, de justifier cette “ chance ” à laquelle il croyait tant.

 

À l’écran et sur scène, il tient dans ses bras les plus prestigieuses partenaires : Edwige Feuillère, Michèle Morgan, Jeanne Moreau, Ingrid Bergman, Brigitte Bardot, Marina Vlady, Danielle Darrieux, imposant chaque fois, avec elles, une image d’idéal.

 

Son courage physique lui vaut toutes les sympathies. Le soldat de 2e classe Marais, de la 2e DB, reçoit la Médaille de guerre. Les exploits acrobatiques de ses films, ce “ Gala de l’Union des Artistes ”, où il terrorise les spectateurs du Cirque d’Hiver avec son numéro du mât oscillant, à grande hauteur, témoignent aussi de ses engagements et de son goût du risque.

 

Son courage moral lui vaudra reconnaissance pour la postérité : en pleine occupation allemande, outré par les constantes attaques contre Jean Cocteau d’Alain Lobreaux, redouté et puissant critique théâtral de Je suis partout, journal de collaboration, il lui “ casse la gueule ” à visage découvert. Une scène du film Le dernier métro, de François Truffaut, témoignera de cet acte.

 

Sans ostentation, mais avec évidence, il parvint, avec Jean Cocteau, à faire accepter leur relation amoureuse par une société alors peu ouverte, portant cet amour jusqu’à en faire la légende des deux Jean. Éternelle reconnaissance, jusqu’à sa disparition Jean Marais entretint le “ culte artistique ” de l’œuvre de Jean Cocteau, dont il est indissociable.

 

Jean-Luc Tardieu metteur en scène