Contenu éditorial simple : Commandement militaire allemand en France. Archives du service de protection des œuvres d'art et du service de protection des devises (AJ/40)

 

 

 

 

 

 

 

 

Identification du fonds

Identification du service
Archives nationales

Références
Sous-série AJ/40

  • AJ/40/37 et 573 à 577 : service de protection des œuvres d’art (Kunstschutz)
  • AJ/40/1027 à 1105 : service de protection des devises (Devisenschutzkommando)
  • AJ/40/1671 à 1683 : papiers d’Hermann Bunjes

Intitulé du fonds
Commandement militaire allemand en France (Militärbefehlshaber in Frankreich). Archives du service de protection des œuvres d'art (Kunstschutz) et du service de protection des devises (Devisenschutzkommando)

Dates extrêmes
1940-1944

Importance matérielle
98 articles (14 mètres linéaires)

Description du fonds

Nom des producteurs du fonds

  • Commandant militaire allemand en France (Militärbefehlshaber in Frankreich)
  • Service de protection des œuvres d'art (Kunstschutz)
  • Hermann Bunjes, chef du service de protection des œuvres d'art
  • Service de protection des devises (Devisenschutzkommando [DSK])


Histoire administrative des producteurs

L'administration militaire allemande d’occupation était divisée en deux branches, une proprement militaire (Kommandostab), l’autre administrative (Verwaltungsstab). L’état-major administratif  était de loin le plus important par ses effectifs et l’étendue de ses tâches. Il comprenait trois grandes sections : une section centrale (Zentralabteilung), qui faisait fonction de cabinet du chef de l’état-major administratif, s’occupant également de la coordination des services et de la gestion des personnels ; une section administrative (Verwaltungsabteilung), responsable de tous les aspects de l’administration du pays occupé autres qu’économiques ; et enfin la section économique (Wirtschaftsabteilung), la plus importante, qui s’occupait exclusivement de la gestion et de l’exploitation économiques.

Le rôle principal de la section administrative (Verwaltungsabteilung) était le contrôle de l’administration française, étant donné que c’est cette dernière qui continuait de gérer le territoire. Dans cette section, un service (le groupe V.4) était dédié à l’enseignement et aux affaires culturelles. Ce service était responsable du patrimoine culturel et artistique et notamment, avec le Kunstschutz, de la protection des monuments historiques et des œuvres d’art (qu’ils soient d’origine publique ou privée), suite à l’expérience de la première guerre mondiale. Il était donc chargé des relations avec l’administration des musées et des monuments historiques, et s’est trouvé, par le biais de son directeur, le comte Wolff Metternich, francophile convaincu et cultivant d’excellents rapports avec le directeur des Musées nationaux Jacques Jaujard, souvent en porte-à-faux avec les exigences allemandes sur les collections publiques et privées - et notamment juives - revendiquées ou confisquées par l'Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR). Wolff Metternich sera d’ailleurs rappelé en Allemagne dès 1943, remplacé par le plus malléable Tieschowitz.

Le Dr. Hermann Bunjes, historien allemand de l'art précédemment chargé de cours à l'université de Bonn, fut tout d’abord un agent du Kunstschutz. À partir de 1942 et jusqu'à la fin de l'Occupation, le Dr. Bunjes occupa le poste de directeur de l'Institut d'art allemand (Kunsthistorische Forschungsstätte) rattaché à l'Institut allemand, qui dépendait lui-même de l’ambassade d’Allemagne à Paris. Profitant de ses fonctions, H. Bunjes s'employa activement à satisfaire les prétentions de Hermann Göring sur certaines œuvres d'art, par le biais de l’ERR. Il intervint comme intermédiaire dans les affaires de saisies, de commandes ou d’échanges ; deux dossiers de correspondance, dont l’un est spécialement consacré à l'autel de Bâle que convoitait Göring, témoignent de ses rapports continuels avec celui-ci.

Le service de protection des devises (Devisenschutzkommando - DSK) ne dépendait pas du Militärbefehlshaber in Frankreich mais travaillait en étroite concertation avec sa section économique (Wirtschaftsabteilung). Il enquêtait sur les contenus des coffres bancaires de la zone occupée, œuvres d’art comprises. Les coffres bancaires furent déclarés bloqués dès le premier jour de l’Occupation, puis vérifiés à partir de juillet 1941 et pendant plus de deux ans par les soins du DSK, dans le cadre d’une enquête gigantesque. Agence par agence, les clients furent convoqués collectivement, les coffres ouverts et inventoriés en leur présence par un tandem d’inspecteurs du DSK. Les collections d’œuvres d’art conservées dans les coffres restaient bloquées jusqu’à ce que leurs propriétaires prouvent qu’ils n’étaient pas juifs - sinon elles étaient remises aussitôt par le DSK à l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg.


Présentation du contenu

Les archives du Kunstschutz (AJ/40/37 et 573 à 577) comportent des rapports d’inspection sur des châteaux et musées en France, des correspondances, des coupures de presse concernant des œuvres d’art. La comptabilité du service et les correspondances concernant la vente d’objets d’art (en particulier les tableaux achetés par l’intermédiaire de Gurlitt) sont conservées sous la cote AJ/40/574.
Les archives du Devisenschutzkommando sont classées par établissement bancaire. Elles rendent compte des activités de ce service, en particulier concernant la saisie et éventuellement le déblocage des collections d’œuvres d’art conservées dans les coffres bancaires (AJ/40/1029, 1031, 1035, 1036, 1039, 1042, 1078, 1081, 1099).
Les archives saisies en Allemagne, après l'arrestation de Bunjes, le 25 juillet 1945, ont servi, avec divers autres papiers rassemblés à cet effet, à l'instruction de son procès, comme le prouvent des notes, des analyses et quelques traductions françaises qui s'y trouvent. Mais le suicide du détenu dans sa prison devait éteindre toute action judiciaire. Ces 13 articles, cotés AJ/40/1671 à 1683, contiennent de nombreux papiers personnels, manuscrits et documents relatifs aux travaux scientifiques d’Hermann Bunjes (AJ/40/1674 à 1682). Dans le cadre d’une recherche sur la spoliation des œuvres d’art, on consultera plus particulièrement les rapports d’activité et les correspondances de Bunjes (AJ/40/1671 à 1673 et 1683), en particulier les correspondances relatives aux achats, commandes et échanges d’œuvres d’art pour le compte de Göring.

Historique de la conservation

Les archives de la sous-série AJ/40 sont entrées aux Archives nationales dès la Libération grâce aux actions menées par les archivistes ou à la suite de versements par les Alliés en 1946 d'archives conservées jusque là en Allemagne, à Cassel, Marbourg ou Berlin.
La documentation rassemblée pour le procès Bunjes fut envoyée à Paris, à l'Office de récupération des biens spoliés qui, lors de sa dissolution, la versa à son tour aux Archives nationales le 28 décembre 1950.

Modalités d’entrée
Versements

Conservation et accès

Lieu de conservation
Archives nationales, site de Pierrefitte-sur-Seine :
59 rue Guynemer, 93383 PIERREFITTE-SUR-SEINE

Conditions d’accès
Ces documents peuvent être consultés librement.

Conditions de reproduction
Ces documents peuvent être reproduits librement.

Instruments de recherche
L’inventaire de la sous-série AJ/40, publié en 2002 par les Archives nationales (La France et la Belgique sous l’occupation allemande, 1940-1944. Les fonds allemands conservés au Centre historique des Archives nationales. Paris : Centre historique des Archives nationales, 2002, 664 p.) est disponible sous forme papier en salle des inventaires. Il a été dématérialisé en 2011 et est consultable sur le site internet des Archives nationales.

Sources et bibliographie

Sources complémentaires

  • Archives fédérales (Allemagne), département militaire (Bundesarchiv-Militärarchiv) à Fribourg en Brisgau : fonds relatifs à l’occupation allemande de la France et de la Belgique
  • Centre de documentation juive contemporaine (Mémorial de la Shoah, 17 rue Geoffroy l’Asnier, 75004) : archives de l’Einsatzstab Reichsleiter Rosenberg (ERR)
  • Archives nationales (France) : les musées nationaux pendant la Seconde Guerre mondiale et l'évacuation des œuvres (versement 20144792).

Bibliographie

  • MARTENS (Stephan), Le destin des documents allemands de l’Occupation après la Seconde Guerre mondiale, introduction à l’inventaire La France et la Belgique sous l’occupation allemande, 1940-1944. Les fonds allemands conservés au Centre historique des Archives nationales. Paris : Centre historique des Archives nationales, 2002, p. 41 à 63.
  • VALLAND (Rose), Le Front de l’art : défense des collections françaises. 1939-1945. Paris : Réunion des Musées nationaux-Grand Palais, 2014 (3me édition revue et augmentée).

 

 

Coordonnées du service ayant rempli ce questionnaire :
Archives nationales
Département Exécutif et Législatif
59 rue Guynemer
93380 Pierrefitte-sur-Seine
del.an@culture.gouv.fr

Auteur : Monique LEBLOIS-PÉCHON, chargée d'études documentaires