Fondation de l’École pratique des hautes études (EPHE)

31 juillet 1868

La création de l’École pratique des hautes études (EPHE), à l’instigation de l’historien et ministre de l’Instruction publique Victor Duruy, le 31 juillet 1868, vise à « placer à côté de l’enseignement théorique les exercices qui peuvent le fortifier et l’étendre ». Sa nécessité en avait été suggérée avec force par Ernest Renan dès 1864. À l’opposé des cours magistraux où étaient énoncées des théories générales dans de grands amphithéâtres, l’adjectif « pratique » renvoyait à une méthode expérimentale développée au sein de groupes réduits. Dans le domaine des sciences exactes, cet objectif devait être atteint par un fonctionnement en « laboratoires ». Dans celui des sciences humaines et sociales, la forme privilégiée était celle du « séminaire », un terme et un concept pris au monde germanique.

L’EPHE comportait originellement quatre sections : mathématiques, physique et chimie, histoire naturelle et physiologie, sciences historiques et philologiques. Les deux premières disparurent en 1986. Une cinquième section, de sciences religieuses, fut créée en 1886. Elle participait d’une volonté déjà développée à l’étranger d’assurer un enseignement non confessionnel des faits religieux. Enfin, après un éphémère premier essai (1869), une section de sciences économiques et sociales fut créée en 1947, qui devait prendre son indépendance en 1975 (École des hautes études en sciences sociales).

Parmi les nombreux chercheurs ayant professé à l’EPHE, on peut citer Claude Bernard, Fernand Braudel, Paul Broca, Georges Dumézil, Étienne Gilson, Claude Lévi-Strauss, Gaston Maspero, Marcel Mauss, Gaston Paris, Louis Pasteur, Ferdinand de Saussure, Germaine Tillion ou encore Henri Wallon. L’École est depuis peu intégrée à l’université Paris Sciences et Lettres, en compagnie d’institutions proches telles que le Collège de France, l’École des hautes études en sciences sociales, l’École normale supérieure, l’École nationale des chartes, etc.

Depuis cent cinquante ans, l’EPHE a formé des « savants », terme auquel il convient de rendre sa dimension éthique. Dans sa leçon inaugurale au Collège de France (1870), Gaston Paris, qui enseignait à l’EPHE et qui présidait la section des sciences historiques et philologiques lorsque éclata l’affaire Dreyfus, déclarait en effet : « Celui qui pour des raisons quelles qu’elles soient, patriotiques, politiques, religieuses et même morales, se permet le moindre arrangement de la vérité, doit être rayé de l’ordre des savants. » Ce programme reste d’actualité.

Hubert Bost

président de l’EPHE