Contenu éditorial simple : L'aviation

illustration du Petit journal intitulé

Rêve de l'homme depuis la nuit des temps, voler devient possible avec l'invention des engins "plus lourds que l'air" à la fin du XIXe siècle. La France entre dans la grande compétition des nations avec de remarquables pionniers (Ader, Blériot, R. Garros). La première guerre mondiale accélère le développement de l'aéronautique militaire, qui est suivi, après 1918, par celui de l'aviation civile, illustrée par des noms de légende (Saint-Exupéry, Mermoz).

Une histoire qui se poursuit tout au long du XXe siècle et encore aujourd'hui...

 

 

 

Sommaire

Les débuts de l'aviation
Les deux guerres mondiales
L'aviation militaire
L'aviation civile
Terrains d'aviation et rendez-vous festifs et commerciaux
Ressources publiées
Pour aller plus loin

 

Les débuts de l’aviation

Le mot « aviation » serait apparu la première fois en 1863 sous la plume de Guillaume de La Landelle dans son livre éponyme (Aviation ou Navigation aérienne) , puis repris par Clément Ader en 1875. Le rêve de l’homme de voler remonte à la nuit des temps. Léonard de Vinci tenta vers 1500 de le concrétiser avec ses machines volantes, notamment son planeur articulé, inspiré du vol des oiseaux.

 

Machine volante de Léonard de Vinci, vers 1488

 

Mais il était limité par les sources d’énergie disponibles à l’époque. À la fin du XVIIIe siècle un pas est franchi avec l’aérostation (invention en 1782 du ballon à air chaud par les Montgolfier et les tentatives de vol plané. Au cours du XIXe siècle, les essais de planeurs se multiplient. Jean-Marie Le Bris par exemple essaie successivement deux planeurs de son invention dans le Finistère en 1857 et 1868.

 

Le Bris et son Albatros, photographié par Pépin fils, 1868

 

En France, le capitaine Ferdinand Ferber et les frères Charles et Gabriel Voisin poursuivent avec acharnement leurs essais avec des planeurs. La découverte des lois de l'aérodynamique et le progrès des sources d’énergie vont être déterminants.

Le véritable tournant est dû aux pionniers du « plus lourd que l’air », qui inventent des engins à moteur capables de décoller par leurs propres moyens. L’histoire des débuts de l’aviation  est faite de tâtonnements, de modestes progrès et de la concurrence entre les pays (France, États-Unis, Angleterre, Allemagne). Les premiers vols motorisés sont revendiqués par le Français Clément Ader (qui mena des recherches sur les moteurs à vapeur puis à explosion en 1897) puis par les frères américains Wright en 1908, qui renouvellent leur exploit au Mans en 1908.

 

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L'aviation Eole de Clément Ader, équipé d'un moteur à vapeur de 20 chevaux, vers 1890

 

Wilbur & Orville Wright, Cognac, 1908. Arch. dép. Sarthe, 2 Fi 2314

 

Ferber effectue à Chalais-Meudon, le 27 mai 1905, le premier vol d'un avion à moteur en Europe. L’année suivante le brésilien Alberto Santos-Dumont réussit à voler à Bagatelle, sans mécanisme de propulsion, sur 60 mètres, à deux ou trois mètres d’altitude, effectuant ainsi le premier vol soutenu en Europe.

 

M. Santos-Dumont s'élevant avec son aéroplane n°14 bis, novembre 1906. Arch. dep. Sarthe, 2 Fi

 

Le perfectionnement des machines se poursuit avec des inventions comme l’aileron et le manche à balais par l’ingénieur Robert Esnault-Pelterie (1905-1906) et une structure entièrement métallique (1912). Les « premières » continuent à s’enchaîner : la première école d’aviation établie à Pau par les frères Wright en 1909, suivie par plusieurs autres (en 1912 par exemple ouverture de l'école de pilotage du Crotoy par les frères Caudron ; voir L'épopée de l'aviation, de Caudron à Potez, 1908-1936) ; la première femme pilote, Thérèse Peltier (1908) ; le premier vol d'un hydravion sur l'étang de Berre, près de Marseille en 1910 ; le premier vol de monoplan – une seule paire d’ailes – muni d’un moteur à réaction par le roumain Henri Coanda...

 

Etablissements Robert-Esnault-Pelterie : publicité pour les aéroplanes REP. Extrait du catalogue de l'exposition internationale de locomotion aérienne, 1909. Arch. dep. Sarthe, 12 J 197

 

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René Caudron sur son biplan, s.d. Diocèse d'Amiens, 617

 

La première traversée de la Manche  connaît un grand retentissement. Le journal Daily mail avait promis 1 000 livres sterling à qui l’effectuerait. Après un échec d’Hubert LathamLouis Blériot décolle le 25 juillet 1909 et remporte le prix : 38 km en 32 minutes à 100 mètres d’altitude. « L’Angleterre n’est plus une île » titre le journal. En 1913, c’est la Méditerranée qui est franchie par Roland Garros  en 1912. Il faut attendre 1927 pour que l’Atlantique soit franchie par l’américain Charles Lindbergh.

 

Traversée de la Méditerranée par Roland Garos, dans La Vie au grand air, 13 déc. 1913. Arch. dép. Alpes-Maritimes, PERA 2546

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Les deux guerres mondiales

Jusque-là, l’aviation était le terrain réservé de quelques riches particuliers, d’aventuriers et de sportifs. La première guerre mondiale lui donne un formidable coup d’accélérateur avec le développement de l’aéronautique militaire. Les avions se spécialisent : reconnaissance, chasseurs, bombardiers. Le premier combat aérien de l’histoire est une victoire française, le 5 octobre 1914, remportée par le sergent français Joseph Frantz. Les « as » deviennent des héros : Georges Guynemer, mort au combat avec 53 victoires à son actifRené Fonck avec 75 victoires, ou, du côté allemand, Manfred von Richthofen, surnommé le baron rouge (la base Grand Mémorial recense plusieurs poilus à la profession d'"aviateur") Des escadrilles se distinguent, comme celle des Cigognes. Le pilote Raymond Vanier nous a laissé son journal de guerre, illustré de photographies. Le camp d'aviation de Parcay-Meslay près de Tours, créé en 1915, est provisoirement cédé aux Américains (1917-1919), qui y forment des pilotes d'observation. Les bases aéronavales, mises en place durant la guerre, se développent par la suite en métropole et en "outre-mer" (Algérie, Maroc, Syrie..).

 

Georges Guynemer en 1917

 

Inspection du général Pershing à Parcay-Meslay, 1918. Cliché Arch. nat. USA - Arch. mun. Tours

 

Déja, pendant la première guerre mondiale, des mesures avaient été prises pour protéger la population des incursions d'avions. La "Défense passive" créée en 1935, systématise ces mesures en cas d'attaques aériennes.

Quand débute la seconde guerre mondiale, le nombre des avions français est insuffisant et leurs performances moindres que celles du Messerschmitt BF109 allemand. Le Dewoitine D 520, fabriqué dans le Toulousain, apparaît comme le meilleur avion de chasse français ; du côté anglais, c'est le Supermarine Spitfire, utilisé dans une multiplicité de versions. À la fin de la guerre, la médaille de l’aéronautique est créée pour récompenser les mérites dans le domaine civil et militaire.

 

Le D.520-01 au parking, à Francazal, octobre 1938. A gauche, un caudron C.635. Simoun, et à droite deux D.338 d'Air France. Arch. dép. Haute-Garonne, 62 Fi 394

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L’aviation militaire

Le premier laboratoire aéronautique au monde est créé en 1877 à Chalais-Meudon pour concevoir l'ensemble du matériel aérostatique militaire français. Si l'aéronautique militaire fait officiellement partie de l'Armée française depuis 1912, il faut attendre 1934 pour qu’elle devienne une "arme" à part entière, aux côtés de l'armée de terre et de la marine, tandis qu'un ministère de l'Air est créé en 1928. Pendant la seconde guerre mondiale, oeuvrent le secrétariat d'État à l'aviation et le secrétariat général à la défense aérienne (1940-1944) et, pour la France libre, les Forces aériennes françaises libres (1941-1943) avec le général Valin.

 

Texte de propagande du général Valin sur les Forces aériennes françaises libres, s.d. Arch. nat., 72 AJ 238/II/pièce 32

 

Après 1945, l’aviation militaire est engagée sur le théâtre d’opération des colonies, en Indochine comme en Algérie (1954-1962) ; là, elle doit s’adapter à la lutte antiguérilla et déployer aussi ses forces aéronavales.

L’aviation militaire possède sa propre « École de l’air » , instituée en 1933 et qui s’installe à Salon-de-Provence en 1937. C’est là qu’est créée en 1953 la Patrouille de France, considérée comme l’une des meilleures formations acrobatiques du monde. L'école de l'aviation de chasse est quant à elle fondée au Maroc en 1943 et s'installe sur l'aérodrome de Meknès.

 

La patrouille de France : neuf Fouga Magister exécutant une figure de voltige aérienne, 1977. Service historique de la Défense, 1 Fi lco 235

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L’aviation civile

En 1918 Pierre-Georges Latécoère fonde à Toulouse une compagnie qui deviendra la Compagnie générale aéropostale, plus connue sous le nom « l’Aéropostale ». Les exploits d’Antoine de Saint-Exupéry et de Jean Mermoz la font entrer dans la légende. « L’Aéropostale » n’est autre que l’ancêtre de la compagnie Air France. Des femmes pilotes se distinguent également, comme Hélène Boucher à la même époque, ou Jacqueline Auriol après guerre.

 

Lignes aériennes G. Latécoère, 1921, rééd. 1987. Musée Air France, A 315

 

D’autres sociétés se créent dans l’entre-deux-guerres comme les Chantiers aéronavals Étienne Romano en 1929, qui deviennent le Centre spatial de Cannes-MandelieuMarcel Dassault, né Bloch, qui a fondé sa société en 1928, produit le premier avion à réaction français, Ouragan, en 1949 ; c’est au tour ensuite des générations de Mirage – dont le fameux Mirage 2000 conçu à la fin des années 1970 –, Rafale et Falcon. Le Groupe travaille à la fois pour le civil et pour le militaire. Parallèlement, se développent des équipementiers aéronautiques : la société Hispano-Suiza, dont la légèreté des moteurs en aluminium a fondé la réputation durant la première guerre mondiale, poursuit à Bois-Colombes sa production et en met en place en 1937 une soufflerie de 55 mètres pour ses essais ; la Société nationale d'étude et de construction de moteurs d'aviation (la Snecma) est créée en 1945 (ces deux société font aujourd'hui partie du groupe Safran).

 

Refus d'expropriation de terrains par les chantiers aéronavals E. Romano, 14 avril 1932. Arch. dép. Alpes-Maritimes, 6 S 3

 

 

Soufflerie de Bois-Colombes construite en 1937. Patrimoine Safran, 2012/36908

 

Après la seconde guerre mondiale, la disponibilité, en grand nombre, d’avions et de pilotes permet le développement des lignes aériennes civiles. Moteur à réaction et radar améliorent les performances des machines. Le 2 mars 1969, vole pour la première fois le Concorde, avion supersonique de transport de passagers, fruit de la coopération entre les constructeurs français Aérospatiale et britannique BAC. Le pilote d’essai André Turcat est l’un de ceux qui ont travaillé au programme du Concorde depuis 1962, de la conception aux vols de présentation pour les acheteurs potentiels. Airbus, consortium fondé à la fin des années 1960 par des constructeurs européens et situé à Blagnac, dans la banlieue de Toulouse, fait sortir de ses chaînes le fameux Airbus A300 – qui concurrence le Boeing alors régnant – puis l’A320 (1984). Les grands programmes aéronautiques sont soutenus par l’ONERA (aujourd’hui Office national d’études et de recherches aérospatiales), créé en 1946, dont le champ s’élargit à l’aérospatial en 1963. L'aviation commerciale connaît un très fort essor : le nombre de passagers augmente de façon exponentielle (à Nice, il passe de 34 000 en 1946 à 2 200 000 en 1972, les lignes nationales et internationales se multiplient ainsi que les compagnies ; à partir de 1978, la déréglementation fait apparaître des compagnies à prix bas.

 

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Premier vol de l'A300B, 28 octobre 1972. Arch. mun. Toulouse, 53 Fi 1979

 

Secrétariat général à l'Aviation civile et commerciale à son origine en 1946, et rattachée au ministère chargé des transports, la Direction générale de l’aviation civile a principalement en charge la supervision des compagnies aériennes, des aéroports et de la construction aéronautique, mais aussi l'immatriculation des aéronefs. À la Direction de la sécurité civile du ministère de l’Intérieur reviennent la gestion et l’utilisation des avions bombardiers d'eau, appelés « canadairs », du nom de la société canadienne qui les a initialement conçus.

 

Canadair : bombardier 415 "superscooper"

Canadair : bombardier 415 "Superscooper"

 

Dans les principaux aéroports, est implantée, côté piste, la gendarmerie des transports aériens, formation spécialisée de la Gendarmerie nationale.

L’École nationale de l’aviation civile, fondée en 1949, poursuit sa mission de formation initiale et continue des cadres de l’aviation civile : ingénieurs, pilotes de ligne, techniciens…

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Terrains d’aviation et rendez-vous festifs et commerciaux

Le premier « aéroport », baptisé « Port-Aviation », s’ouvre à Viry-Châtillon en 1908. Les petits terrains d’aviation fleurissent avant la première guerre mondiale autour de Paris : Saint-Cyr-l’ÉcoleToussus-le-NobleVillacoublay (aujourd’hui à vocation militaire) mais aussi en province comme à Nice. Le premier aéroport de Paris est ouvert au Bourget en 1919 ; puis c’est au tour d’Orly en 1946 et de Roissy en 1965. En 1945 est créé l’établissement public « L'aéroport de Paris » qui devient en 1989 « Aéroports de Paris » et gère l’ensemble des aéroports parisiens. Aux côtés d’aéroports permettant le transport de voyageurs et de marchandises, existent de multiples aéroclubs pour amateurs ; le premier est l’Aéro-Club de France, créé en 1898.

 

 

Aérodrome Toussus-le-Noble (près de Versailles), 
Appareil Robert Esnault-Pelterie, « Sortie du hangar », (vers 1910). Arch. dép. Yvelines, 3 Fi 241_09

 

Après le premier meeting aérien au monde en 1909 à La Brayelle près de Douai, une « Grande Semaine de l’aviation » est organisée en Champagne ainsi que la Coupe Deutsch de la Meurthe la même année ; les manifestations fleurissent dès l’année suivante - comme à Tours, Cannes (mot "aviation"), Nice, Quimper ou Angers avec René Gasnier (1F7) - qui connaissent un grand succès populaire.

 

Meeting d'aviation de Nice, 10-25 avril 1910. Arch. dép. Alpes-Maritimes, 54 Fi 253

 

De 1909 date le premier salon entièrement consacré à l’aéronautique sous l’impulsion d’André Granet (1881-1974) et de Robert Esnault-Pelterie au Grand Palais à Paris ; premier rendez-vous de l'industrie aéronautique mondiale, il se perpétue aujourd’hui au Bourget sous le nom de Salon international de l'aéronautique et de l'espace. C’est aussi au Bourget qu’est fondé, en 1919, le plus ancien musée de l’Air au monde. Plusieurs autres musées existent aujourd’hui, comme celui d'Air France, de Tromblaine en Meurthe-et-Moselle, de Blagnac, et ceux d’Angers-Loire et du groupe Safran qui possèdent une riche documentation.

 

 

Salon international de l'Aéronautique au Grand Palais à Paris, 1908. Arch. dép. Sarthe, coll. Périer, 12 J 195

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Ressources publiées

Expositions

- Archives départementales de la Haute-Garonne : exposition en ligne et itinérante en 5 panneaux sur Le Dewoitine D 520, chasseur toulousain

- Archives départementales de Loir-et-Cher : exposition itinérante : Cent ans d’aviation en Loir-et-Cher. L’aérodrome de Pontlevoy, en collaboration avec la mairie de Pontlevoy et la Société des amis du musée et du patrimoine de Pontlevoy

- Archives municipales de Dijon : exposition itinérante : La guerre vue du ciel  

 

Publications

De l'air ! De l'air ! L'aviation dans les Vosges. Livret d'exposition. Archives départementales des Vosges, 2017, 30 p.

Hispano-Suiza et Bois-Colombes, 100 ans d'une histoire commune. Livret d'exposition. Archives municipales de Bois-Colombes, 2014, 38 p.

Les ateliers du ciel. La construction aéronautique à Bourges des années 1930 aux années 1960. Livret d'exposition. Archives départementales du Cher, 2011, 26 p.

Cent ans d’aviation dans les Alpes-Maritimes, Archives départementales des Alpes-Maritimes, 2011, 239 p. 

Les pionniers de l'aviation à Tours, 1910. Archives municipales de Tours, 2010, 40 p.

LAANGRY, Mourad (dir.). Riches mémoires de l'aéronautique en région lyonnaise. Livret d'exposition. Archives municipales de Lyon, 2008, 96 p. 

Sarthe, terre de pionniers. Centenaire des vols de Wilbur Wright au Mans (1908-2008). Livret d'exposition. Archives départementales de la Sarhe, 2008, 50 pages. 

LAUX, Frédéric, MIGUET, Vivienne (dir.). L'aventure du ciel. Deux siècles d’aéronautique en Loire-Atlantique, 1783-1999. Exposition (Nantes, 10 octobre 1998-15 janvier 1999). Nantes : Conseil général de Loire-Atlantique, 1998, 158 pages. 

Tours, mémoire de l'aviation. Archives municipales de Tours, [après 1996], 34 p.

 

21-Ouvrage_Cent_ans_d'aviation_dans_les_Alpes-Maritimes.jpg

Couverture de l'ouvrage

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Pour aller plus loin

Fonds d’archives

 

Périodiques

 

Les Ailes_1947.jpg

Les Ailes, n° 1129, 13 septembre 1947

 

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